Chronique

La Gentille Fée, le Méchant Virus et le Vilain Rentier

Les temps sont à l’angoisse et aux affabulations. Le fabuliste y apporte un propos d’apaisement.

« Il était une fois, en l’an de grâce 2019, une gentille Fée, toute jeunette et toute mignonne, à la blondeur diaphane, qui parcourait le monde avec sa baguette magique. Pénétrant dans tous les palais et résidences golfiques des puissants de la planète, accompagnée de la cohorte médiatique dont elle était la mascotte, notre gentille Fée pointait de sa baguette ce qu’il fallait transformer pour que les êtres humains ne soient pas maltraités, par la nature, à la mesure de leur propre maltraitance.

Avec obstination et douceur, sa baguette magique pointait le transport aérien qui empoisonne le ciel, le transport maritime qui transforme les océans et les mers en poubelles, les cheminées d’usine qui encrassent le ciel et la terre et les pesticides qui altèrent la nourriture et font tousser l’humanité. Force est de constater que ces pérégrinations n’ont ni ému, ni bousculé les puissants. Quelle qu’ait été la conviction de cette adolescente, elle ne fut reprise, sans effet, que dans les grandes messes où ces puissants priaient à haute voix en choisissant de ne rien faire. Il lui restait à visiter l’usine du monde. Rendez-vous fut pris pour le 31 décembre à Pékin.

À peine posée sur le tarmac de l’aéroport, notre gentille Fée, baguette à la main, a reçu dans l’avion la visite de la commissaire à la Magie et aux Miracles, auprès du parti régnant sur son peuple millénaire. Elle a compris qu’il faisait très froid et qu’il serait préférable qu’elle rejoigne la Chine du Sud, sa cohorte médiatique étant, elle-même, dirigée vers des rivages moins glacés que ceux de la Grande muraille.

C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée dans le sud profond, dans une station thermale ou sa cohorte médiatique n’a pas su arriver. Elle y a été reçue par un petit homme dont le visage disparaissait sous un énorme masque qui laissait apparaître deux petits yeux bridés. Il avait la surprenante allure d’un masque avec des pattes. Après congratulations, elle a été conduite dans une salle où figurait une grande mappemonde sur laquelle elle a été invitée à pointer sa baguette sur une ville dont elle n’avait jamais entendu parler WUHAN.

Le petit homme masqué lui a demandé de donner un second coup de baguette pour faire apparaître le fameux marché de Wuhan, fréquenté par cette partie de la population chinoise, dite des minorités populaires, réputées, à tort ou à raison, pour pratiquer une alimentation millénaire, partagée avec de multiples animaux issus des profondeurs de la nature. Ces migrants de l’intérieur, saisonniers affamés, manifestaient la voracité des êtres humains, au risque de subir les multiples infections offertes en cadeau au monde entier.

Un troisième coup de baguette a fait apparaître le Virus du Soleil Levant, offert généreusement comme étrennes de nouvel an 2020, qui a exaucé les vœux de la gentille Fée : les avions, les bateaux, les usines, les agricultures du Grand Satan occidental allaient rendre l’âme, la Chine éternelle allait enfin pouvoir polluer à tout va, toute seule en dominant le monde.

C’est alors que le petit homme à fait tourner la mappemonde en demandant à la gentille Fée de pointer sa baguette sur Paris. Il est parti dans une déclaration d’amour à la France et à Paris qu’il avait connu à la fin des années 1960, en y terminant ses études de médecine. Il a demandé un deuxième coup de baguette pour faire apparaître Montmartre et la rue Poulbot où il avait vécu en admirant l’œuvre de ces Républicains communards qui avaient su faire vivre la Commune, après la déclaration de Clémenceau de mars 1871.

Puis tel un amoureux déçu, le petit homme est reparti en diatribe contre les Français qui s’étaient installés dans un système de double rente. Ils ne pensaient plus, selon lui, qu’à trouver le meilleur argent dormant qui leur éviterait de prendre le moindre risque, et de soutenir leur industrie qu’ils ont laissé partir sur les rives du Fleuve Jaune. Pire, ils ont installé la rente du diplôme qui permet de sauvegarder les bonnes places, en rejetant au pied de l’ascenseur social brisé, les sans Dents de 2012, anciens sans Culottes, promis à être les sans Masques de 2020. La gentille Fée, excédée, a pointé sa baguette sur la tête masquée pour faire disparaître cet attardé des Mao-spontex de 1968, qui ne représentait pas la Chine du bienveillant Monsieur XI.

Moralité : les Européens ne doivent pas confondre la Route de la Soie avec l’Hymne à la Joie. »

One Comment

  • Mylene

    Cher michel une fable tellement de notre temps et je ris de la lire 😊 bien qu’elle ne soit pas si drôle que ça mais c’est votre plume qui m’amuse ça me change des bla bla quotidiens et du télétravail de la journée et ne riez pas j’ai demandé c’est qui monsieur ‘onze’ avant de comprendre monsieur XI 🤣 je vous embrasse mylene

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.