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La retraite, le rêve de 1945, le cauchemar de 2023

Au parlement, les débats sont très ouverts. Dans la rue les poings sont très fermés.

Comme en 1871, lorsque le peuple exigeait que le gouvernement se soumette ou se démette. L’histoire a retenu comment cela c’était très mal terminé.

La notion débattue de « retraite » issue du fondement d’un pacte de sécurité social sorti de la dernière grande guerre, devait permettre à la nation de solidifier un soutien aux efforts consentis par les anciens, payé par la solidarité des travailleurs plus jeunes.

Cette vision altruiste a permis à toute une génération de rêver après 1945, mais devient quelques décennies plus tard, un lourd fardeau cauchemardesque en 2023.

J’ai déjà exprimé mes craintes à ce sujet. C’est pour tenter d’éviter que cela se produise que je vous livre les expériences personnelles vécues pour que nos Arènes ne soient pas ensanglantées.


Mon expérience la plus marquante sur ce sujet des retraites remonte à 2008 telles qu’elles ont été organisées par le programme du CNR (Conseil National du Résistance).

Je suis entré dans la vie au travail le 1er juin 1943 (déjà), au temps des « assurances sociales », les ancêtres de la « SECU ». Lesquelles s’étaient un peu inspirées de la couverture sociale que le chancelier BISMARCK avait offert aux Allemands avant la 2ème guerre mondiale, je parle ici de couvertures maladies.

Je n’ai toujours pas arrêté, ni de travailler ni de cotiser sur les revenus que je reçois alors que je viens de dépasser 94 ans.

En 2008, mes 80 ans d’âge et mes 65 années d’activité diversifiées, tant en France qu’à l’étranger, intéressent les organisateurs d’une réunion qui durera une semaine à la villa Médicis à Rome. Il s’agissait d’organiser une réflexion collective entre sociologues, économistes et membres du C.O.R – Conseil d’Orientation des Retraites – pour débattre des conséquences sur le modèle français de « couverture sociale ».

2008, c’est aussi les catastrophes financières survenues et diffusées partout dans le monde par la crise dite des « subprimes » générée par le système financier dominant américain existent, il faut les affronter.
En France, le quinquennat que préside Sarkozy s’était ouvert dans une ambiance au sein de laquelle le « travailler plus » dominait, afin de faire gagner plus pour les besoins des Français qui subissaient encore un chômage de masse.

Les travaux, comme les conclusions tirées par les personnalités réunis à la Villa Médicis ont établi la qualité des réflexions sur l’inquiétude d’une population française, spécialement les femmes et les jeunes, qui ont rejeté les méfaits de leur infortune, face aux bienfaits de la fortune des populations plus âgées qui dominaient le corps électoral courtisé par les politiques.

15 ans plus tard, je ne vois pas ce qui a fondamentalement changé en 2023.

Je l’ai constaté très récemment lors d’un classique dîner en famille autour d’une galette des rois. Ce moment convivial a réuni autour de la table deux nonagénaires, un fils sexagénaire s’interrogeant sur cette fameuse retraite qui fait l’objet de tant de débats et pour finir sa fille, trentenaire, très consciente de la réalité des questions abordées en 2008. En 2023, elle reste fortement hostile au projet proposé par le gouvernement.

Un bilan s’impose. 3 générations, 3 avis. Nos échanges le montrent, chaque génération a sa propre vision du débat sociétal forgée par son parcours, ses efforts consentis et ses aspirations futures.

Ma seconde expérience est un peu plus ancienne. Elle remonte aux années 1990 desquelles je vais vivre différents statuts entre le public et le privé.

C’est inutilement compliqué d’avoir à vous l’expliquer.

J’ai pris ma retraite début 1991, c’est-à-dire perçu les différentes pensions auxquelles j’avais droit au regard des cotisations versées aux caisses des différents organismes de mes différents métiers.

Ces pensions ont permis à ma famille de vivre durant mes quatre années de mandat judiciaire non rémunéré en tant que Président du Tribunal de Commerce de Paris. Lorsqu’en 1995, l’État décide de me confier la gestion du plan de sauvetage du Crédit Lyonnais il m’impose de devenir membre du secteur public comme patron d’une de ces entreprises.

Ce fut inconciliable. Ce mélange de statut social entre le privé et le public a été compromis, pour moi, par un détail, la visite médicale à l’embauche. En acceptant de l’avoir supprimé, j’ai sorti notre chère administration d’un imbroglio inextricable.

J’ai fait le job pendant trois ans en vivant au quotidien d’un statut social de retraité très informé sur la complexité des multiples modèles de couverture sociale des réformes instaurées en 1947.

30 ans plus tard, les régimes de retraites du public et du privé sont toujours incompatibles.

Ma première expérience est beaucoup plus ancienne. Elle remonte à 1960.

À l’époque, après avoir quitté la vie artisanale et rurale au sein de la Saintonge de mon enfance j’y revenais régulièrement pour les vacances d’été.

Au cours de celles de 1960, ma mère (57ans) s’est ouverte auprès de moi de ses grandes difficultés qu’elle allait rencontrer lorsque se poserait, pour elle, la question de la retraite.

Elle avait été privée à l’âge de 41 ans de toutes capacités de reversion de l’éventuelle retraite de son mari décédé en 1944, bien avant les bienfaits des couvertures maladies et retraites de l’après-guerre 39-45.
Le sujet à traiter était très compliqué car il concernait un homme, mon père, emporté au cours des semaines très agitées de la libération de notre pays.

Les démarches administratives à opérer auprès d’une administration récente, la fameuse « SECU », ainsi qu’auprès des administrations professionnelles des années 1940, celle de mon père, plus ou moins victime des épurations appliquées à la libération et de leurs conséquences sur les dossiers administratifs dont ils avaient la charge. Tout cela a demandé plusieurs années.

C’est là que j’ai appris ce qu’était ce fameux « présent éternel » utilisé à l’excès dans le modèle administratif français avec lequel j’ai nourri, au début de 2000, une semaine de colloque entre sociologues.

Au bout de quinze années d’efforts familiaux multiples, Maman a pu bénéficier, enfin, de sa retraite et s’installer, chez elle, en Saintonge.

Ces expériences de vies relatées m’amènent aujourd’hui en 2023 à cette conclusion.

La retraite est un sujet à la fois si collectif, si sociétal mais si personnel qu’il mérite des débats plus construits, collectifs et apaisés.

Cependant il en revient une nouvelle fois à l’Etat français, législateur national et ses représentants, réputé « capable » de trouver toutes les bonnes solutions à apporter aux multiples problèmes des Français, de proposer une énième loi sur le pacte sociale des retraites.

Il doit arriver à la fois à entretenir le « conte de fées » de 1945 en cherchant à bricoler ce qui est devenu une institution qui a perdu le sens de sa mission par l’excès de la diversification de ses objectifs tout en rassurant les plus ou moins jeunes que ce choix apporterait plus de justice sociale, d’équité et d’égalité.

L’équation à plusieurs inconnues d’une telle réforme ambitieuse pour refaire nation devrait nous mobiliser aux débats apaisés, aux exigences citoyennes collectives pour cesser la vision du « émoi, hé moi ! et moi » et refaire vivre le « nous ».

Ce sujet va s’entretenir dans les rues et les débats familiaux dans les prochains « mois » le tout alimenté par les très nombreuses agitations médiatiques.

Je ne sais pas par quelle chanson finira ce débat comme c’est souvent le cas dans notre beau pays. Mais je suis sûre que l’on va écrire un nouveau couplet, une fois encore, d’ici l’élection présidentielle de 2027.

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