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La Retraite de la Bérézina, La Bérézina de la Retraite

En terminant mon précédent propos sur la réforme des retraites, j’ai évoqué la possibilité d’une solution définitivement provisoire.

Cette contradiction entre deux termes associés exprime ma certitude que la réforme de nos retraites, ne sera pas appliquée, en sa forme proposée.

En effet, pour que la réforme votée soit appliquée, il est indispensable qu’elle soit applicable, ce qui suppose une clarification des responsabilités des deux modèles républicains qui s’affrontent.

Le Parlementaire et le social ne peuvent plus passer leur temps à se mépriser ou à se maudire.

Il est vraiment injuste de clamer partout que les Français sont ingouvernables pour la seule raison qu’on n’a pas su les gouverner ou qu’on n’a pas eu le courage de le faire, pendant plusieurs décennies.

Les Français se sont révoltés parce que la faiblesse du pouvoir d’État a laissé s’accumuler les dettes publiques depuis plus de quarante ans.

Ce ne sont pas eux qui sont ingouvernables, c’est l’État, sans contrôle, qui a méprisé quarante rapports critiques de la Cour des comptes qui est responsable de leur déclassement social.

Vous allez le comprendre lorsque je vais évoquer ce que j’ai vécu il y a maintenant quinze ans.

 

Les carences du système politique français.

Nous sommes en 2005. Trois ans plus tôt, le Président a été élu par 80 % des Français alors qu’il n’en avait séduits que seulement 20 % au premier tour. En fait c’est son adversaire qui a été battu au second tour alors qu’il avait fait jeu égal au premier avec lui.

Ce président qui en était à son second mandat, installé dans la politique française depuis presque quarante ans, était énergique et séduisant. Il plaisait aux femmes, savait flatter ses compagnons avec la même dextérité que pour les croupes des vaches.

Il entamait la fin de son parcours en ayant raté un référendum inutile dans le seul but de refiler aux électeurs la patate chaude, par lui, dite du « plombier polonais », héritée des engagements pris à Bruxelles. Ce raté a coûté sa place à un premier Ministre, de bonne volonté, tout en rondeurs, au profit d’un politicien énergique et flamboyant.

C’est dans cet environnement politique que j’ai été invité à un séminaire de sociologie, durant trois jours, organisé pour traiter de la complexité des sociétés humaines, dans le cadre de l’Association pour la Pensée complexe à laquelle j’appartenais.

Le thème à traiter, portait plusieurs sujets.

L’usage des trois temps classiques, Passé, Présent et Avenir, dans l’action politique et dans l’exercice de la fonction judiciaire. Je précise que je renvoie tout ce qui concerne la justice à la prochaine chronique.

J’ai repris mes notes. Elles ont très bien vieilli. Je vous les livre à l‘état brut. Elles montrent que les politiques qui ont occupé les plus hautes fonctions de l’État n’ont pas répondu aux besoins du pays, parce ils sont restés accrochés à des institutions qui n’étaient pas faites pour eux.

Quelles qu’aient été les invitations de toutes les oligarchies intellectuelles, sociales, économiques ou médiatiques qui ont tenté de faire évoluer ces pouvoirs successifs, elles ont toutes échoué.

Le pouvoir exécutif n’a pas su adapter la France au monde moderne; une fois acquis les bienfaits des trente glorieuses, grâce au courage des Citoyens partagé par les « Grands Commis », l’État devenu l’acteur de l’action politique a abandonné les pouvoirs publics à sa technocratie.

Voilà les trois grands crus de l’État.

Classement 2005. Actualisé 2017

 

Le pouvoir missionnaire : 1958-1974

Le pouvoir missionnaire ramène tout à l’être supérieur qu’il entend incarner le temps que durera leur communion. Il règne et gouverne en même temps, par sa seule personne, dans la vision de cette communauté de destins idéalisés dans le temps de l’histoire.

Il est rétrospectif et historien, en même temps que prospectif et visionnaire.

Il règne dans la lumière, comme il est de nature de le faire, dans la fonction régnante, même à base élective.

Il gouverne dans le clair-obscur, pratique naturelle pour rendre possible, dans le présent, ce qui est souhaitable pour l’avenir.

Enfin il laisse aux subalternes le troisième élément du pouvoir, le complot, qui se développe dans une ombre incompatible avec la lumière de son règne. Ce type de pouvoir ne confond pas son temps personnel avec celui de sa communauté. Quand elle se sépare de ses idées ou de ses projets, son éthique de la décision le conduit à partir.

 

Le pouvoir égocentrique : 1981-1995, 2007-2012

Il ramène tout à sa personne. Il règne, gouverne et complote, en même temps, par lui-même. Il vit dans le présent, il ne s’intéresse au rétrospectif que pour fustiger les concurrents qui l’ont précédé dans un pouvoir qu’il fait tout pour ne pas leur rendre. Sa vision est cynique, avec une pointe de références idéologiques qui dissimulent la réalité de ses idées.

Il utilise la lumière émise par sa fonction, plus pour éblouir que pour attirer. Il entretient le clair-obscur, avec l’adresse d’un éclairagiste de théâtre, dans sa fonction de gouvernant. Il adore les complots qui sont le régal de ceux qui, n’ayant aucune vision prospective, échappent au lendemain par le mensonge. Cet égocentrique ne s’intéresse qu’à son temps biologique personnel, jusqu’à l’obsession de sa propre fin, qui lui interdit l’angoisse de la rétrospective.

 

Le pouvoir relationnel : 1974-1981, 1995-2007, 2012-2017

Le pouvoir relationnel ramène tout à sa relation du moment. Il ne connaît que le métier de politicien de l’instant. Incrusté dans le présent. Il règne et complote. Gouverner n’est pas son affaire, même s’il s’y trouve obligé après avoir démoli ceux de son entourage qu’il soupçonnait de lui voler sa relation pour tenter de régner à sa place.

Ce type de politicien se nourrit d’une forme de présent éternel, sa pratique rétrospective est de nature passéiste. Le devoir de prospective auquel il est tenu lui échappe naturellement, il ne s’y prête que dans une succession d’attitudes ou d’expressions modernistes qui permettent de confondre le temps de sa personne avec un temps éternel qui l’exonérerait, à jamais, de toutes les conséquences de ses échecs.

Ce besoin d’éternité crée des rancunes tout aussi éternelles lorsqu’il est contrarié. Il impose à celui qui le pratique le respect de la pensée d’Alphonse Allais selon laquelle les problèmes de fond ne remontent jamais à la surface.

Ils y sont restés durant les vingt-quatre années des trois pouvoirs relationnels.

 

Et maintenant

C’est le temps du débat et des gilets, y compris les pare balles, enfilés par tous les opérateurs qui se disputent la possession de la Rue, à défaut de pouvoir partager l’élaboration de la Loi.

Invoquer la Bérézina, aujourd’hui, n’a de sens que si on sait que les historiens se sont partagés, au fil des siècles, les uns qui ont considéré cette bataille comme une déroute payée au prix de 50.000 morts et prisonniers, les autres comme une victoire marquée par le franchissement du fleuve et le retour de 20.000 grognards à la maison.

J’ai utilisé cette référence historique, ce qui en a découlé, pour comprendre les conséquences des guerres sociales qui se développe en janvier 2020.

En novembre 1812, l’Empereur a perdu une guerre et gagné une bataille. L’inverse de juin 1940 contre le troisième Reich. En juin 1815 la première République a tout perdu et disparu pour soixante ans.

En septembre 1870, la France a tout perdu face à la même coalition mais elle a gagné la bataille de la troisième République pour soixante-dix ans.

En juin 1940 la France a perdu une bataille et la troisième République.

A chaque fois, Paris a été occupé, son peuple révolté, martyrisé, ses dirigeants exilés ou exécutés.

Le drame qui se joue en 2020 développe les mêmes enchaînements. Ils conduiront vers les mêmes issues. Sauf si la République monarchique laisse la place à un modèle démocratique rénové, par ceux qui veulent vivre ensemble. Sinon, la réforme ratée connaîtra sa Bérézina et Paris ses désordres destructeurs.

J’expliquerai pourquoi à la sortie du projet de loi de l’Assemblée.

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